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Les oiseaux de mer
Les oiseaux de mer :- ne représentent que 3 p. 100 des espèces d’oiseaux du monde entier bien que les deux tiers de la surface terrestre soient couverts d’eau
- sont plus nombreux dans les eaux polaires que dans les tropiques, et leur diversité est beaucoup plus grande dans l’hémisphère Sud que dans l’hémisphère Nord
- se nourrissent en général de petits poissons ou de petits organismes appelés zooplancton
- pondent des œufs qui, dans le monde entier, constituent depuis des millénaires une importante source de nourriture pour les habitants des régions côtières
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Quiconque a visité les bords de mer connaît bien les goélands, ces gracieux oiseaux à longues ailes qui pullulent sur les plages et dans les ports, quémandant de la nourriture. Les goélands appartiennent à une famille d’oiseaux qui vivent principalement en mer, soit sur le littoral soit au large. On compte dans le monde plus de 250 espèces d’oiseaux qui vivent partiellement ou exclusivement en mer, d’où leur nom commun d’« oiseaux de mer », ou « oiseaux marins ».
Le tableau ci-dessous présente les 15 familles regroupant les oiseaux de mer et montre le nombre approximatif d’espèces appartenant à chaque famille. (Les ornithologues, ou spécialistes des oiseaux, en révisent constamment le nombre exact. En effet, la recherche génétique révèle que certains oiseaux d’apparence pourtant très similaire sont génétiquement si dissemblables qu’ils constituent en fait des espèces différentes.) Les espèces appartenant aux familles des albatros, des fous, des frégates, des manchots, des océanites, des pingouins et des puffins et fulmars se nourrissent exclusivement en mer. Pour leur part, de nombreuses espèces de cormorans, de goélands, de grèbes, de labbes, de mouettes, de pélicans, de plongeons et de sternes se nourrissent entièrement ou principalement en mer. Les phalaropes sont les seuls oiseaux de rivage qui se nourrissent en mer.
Le tableau regroupe les familles d’oiseaux dont toutes les espèces se nourrissent entièrement ou partiellement en mer, avec le nombre approximatif d’espèces dans chaque famille et, entre parenthèses, le nombre d’espèces qui nichent au Canada. Les canards de mer et les grèbes qui se nourrissent en mer sont exclus. Nombre d’espèces Famille | Alimentation entièrement marine | Alimentation partiellement marine | Albatros | 15 | | Cormorans | 17(3) | 10(1) | Fous | 9(1) | | Frégates | 5 | | Plongeons | | 5(4) | Labbes | 4 | 3(3) | Manchots | 16 | | Mouettes et goélands | 20(6) | 26(5) | Océanites | 20(2) | | Paille-en-queue | 3 | | Pélicans | 1 | 6(1) | Phalaropes | | 3(3) | Pingouins | 23(13) | | Puffins et fulmars | 64(2) | | Sternes et becs-en-ciseaux | 25(2) | 19(4) | Total | 222(29) | 72(21) |
Le dessin montre les silhouettes des oiseaux de certaines familles et espèces présentes autour de l’île de Terre-Neuve.
Silhouettes caractéristiques des oiseaux de mer les plus facilement observables dans la partie occidentale de l’Atlantique Nord (dessin d’Ian Jones)
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1 Merle d’Amérique (pour l’échelle); 2 Fou de Bassan; 3 Goéland argenté; 4 Labbe parasite; 5 phalarope; 6 sterne; 7 Petit Pingouin (famille des alcidés) ; 8 cormoran; 9 guillemot (famille des alcidés); 10 macareux (famille des alcidés); 11 Mergule nain (famille des alcidés); 12 Guillemot à miroir (famille des alcidés); 13 puffin (famille des procéllaridés); 14 Océanite cul-blanc; 15 Océanite de Wilson; 16 Eider à duvet (famille des anatidés); 17 Harelde kakawi (famille des anatidés)
Alors que les deux tiers de la surface terrestre sont couverts d’eau, les oiseaux de mer ne représentent que 3 p. 100 des espèces d’oiseaux du monde entier. Cela est probablement dû au fait que le rôle joué sur terre par les oiseaux revient, en milieu marin, majoritairement aux poissons.
Les oiseaux de mer sont très visibles tant sur le littoral qu’au large. Pourtant, bien des gens ne les considèrent pas comme des créatures marines, comme les baleines ou les phoques, car beaucoup d’entre eux passent la plus grande partie de leur temps à survoler la mer, ou reviennent à terre pour se reproduire ou pour se percher sur les rochers et les îles. Leur alimentation dépend toutefois de la mer et ils font indiscutablement partie de la chaîne alimentaire marine. En ce sens, la mer constitue leur milieu de vie tout autant que celui des crabes ou des coraux.
Caractéristiques uniques
Il est étonnant de constater le peu d’effet qu’ont les vagues et les tempêtes sur les oiseaux de mer. En fait, les gros albatros profitent même des grands vents pour franchir les énormes distances qui les séparent des calmars, leur proie principale. Toutefois, si le mauvais temps perdure, certains oiseaux peuvent épuiser leurs réserves énergétiques, particulièrement en hiver. Ils sont alors rejetés sur les plages, épuisés, ou même emportés loin à l’intérieur des terres. Chez certaines espèces, ce phénomène périodique est bien connu. Par exemple, dans l’Est de l’Amérique du Nord, on voit parfois s’abattre des nuées de Mergules nains dans les terres à intervalles irréguliers. Ces « pluies » de volatiles semblent dues à la fois aux vents forts et au manque de ressources alimentaires.
Dans certains cas, les espèces qui se subdivisent en populations orientales et occidentales évoluent séparément pour constituer des sous-espèces distinctes, ou races, qui sont en bonne voie de devenir de véritables espèces. C’est le cas du Goéland arctique; la race occidentale (Goéland de Thayer) migre vers le Pacifique, tandis que la race orientale (Goéland de Kumlien) migre vers l’Atlantique. Les deux races nichent côte à côte dans le nord de la baie d’Hudson, mais migrent dans des directions presque opposées, ce qui semble correspondre à la voie par laquelle elles se sont répandues en Arctique après le recul des nappes glaciaires du Pléistocène. L’existence de tels contacts entre des populations anciennement isolées nous apprend beaucoup sur l’évolution des espèces.
La répartition des oiseaux de mer dépend largement des conditions qui règnent dans les différentes régions des océans, par exemple les courants, la température et la profondeur de l’eau. Les oiseaux marins sont plus nombreux dans les zones polaires que tropicales. Pourtant, l’hémisphère Sud offre une plus grande variété d’espèces que l’hémisphère Nord, probablement parce que l’océan est plus vaste au sud qu’au nord. Au Canada, c’est dans les eaux terre-neuviennes qu’on trouve la plus grande diversité d’oiseaux. À la bordure des Grands Bancs, les eaux froides du courant du Labrador se mêlent aux eaux chaudes du Gulf Stream qui abritent une faune complètement différente, dont de nombreux oiseaux marins caractéristiques des latitudes plus basses.
Sur les Grands Bancs, les oiseaux qui se reproduisent dans les zones arctiques et subarctiques, comme les guillemots et le Macareux moine, côtoient les puffins, les fous et les océanites, qui nichent dans des régions plus tempérées. Les eaux côtières de la Colombie-Britannique, pourtant située à la même latitude que Terre-Neuve, sont réchauffées par des courants du sud. On y trouve donc les oiseaux de mer qui se reproduisent et hivernent dans des régions tempérées, comme le Starique de Cassin et le Macareux rhinocéros.
Bien des populations d’oiseaux de mer sont extrêmement nombreuses. Parmi les oiseaux qui nichent dans l’hémisphère Sud, l’Océanite de Wilson, le Puffin fuligineux, le Puffin à bec grêle et le Prion colombe peuvent compter des dizaines de millions d’individus. Dans l’hémisphère Nord, l’Océanite cul-blanc, le Guillemot marmette, le Guillemot de Brünnich, le Macareux moine et le Macareux huppé, ainsi que le Mergule nain, forment aussi des populations de plus de dix millions d’oiseaux. À lui seul, le Canada abrite plus de 5 millions d’Océanites cul-blanc, dont la plupart se rassemblent à Terre-Neuve, plus de 2 millions de Guillemots de Brünnich, qui se trouvent presque tous en Arctique oriental, et plus de 1,5 million de Stariques de Cassin, dont plus de la moitié nichent dans une seule colonie située sur la toute petite île Triangle, en Colombie-Britannique.
En général, moins d’oiseaux de mer se nourrissent sous l’eau dans les tropiques que dans les zones polaires et tempérées. Par exemple, l’aire des manchots, présents seulement dans l’hémisphère Sud, n’atteint l’équateur qu’aux îles Galapagos, où le courant de Humbold maintient l’eau à une température relativement basse. L’aire des pingouins, équivalents septentrionaux des manchots, n’atteint les eaux tropicales qu’en Californie et sur la côte pacifique du Mexique, zone touchée par le courant froid de Californie. La rareté des oiseaux plongeurs sous les tropiques, où on trouve un grand nombre de puffins, de fulmars et de sternes qui se nourrissent en surface, peut s’expliquer par la concurrence et la prédation exercées par les gros poissons qui pullulent en eau chaude.
Tout comme les baleines, les oiseaux de mer effectuent d’importants déplacements, et ils sont nombreux à entreprendre des migrations saisonnières (voir la carte). C’est chez les oiseaux de mer qu’on observe les migrations d’oiseaux les plus longues, comme celle de la Sterne arctique entre l’Arctique et l’Antarctique et le circuit spectaculaire qu’effectue, au-dessus du Pacifique, le Puffin fuligineux qui niche en Nouvelle-Zélande. La migration du Plongeon du Pacifique est presque aussi impressionnante, surtout pour un assez mauvais voilier. L’oiseau quitte son aire de nidification du centre de l’Arctique canadien pour atteindre les eaux californiennes en longeant la côte nord de l’Alaska et en franchissant le détroit de Béring. Pour sa part, le tout petit Océanite de Wilson, pas plus lourd qu’un étourneau mais dont les ailes sont beaucoup plus longues, voyage chaque année de ses zones de nidification de l’Antarctique jusqu’aux eaux de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador. Parmi les oiseaux de mer qui se reproduisent au Canada, ceux qui nichent dans l’Est de l’Arctique hivernent principalement près de Terre-Neuve-et-Labrador et de la Nouvelle-Écosse, ou plus au sud dans l’Atlantique. Quant à ceux qui nichent sur les côtes de la mer de Beaufort et dans le centre de l’extrême arctique, ils passent en général leur saison internuptiale dans la région du Pacifique. De nombreuses espèces se subdivisent en populations orientales et occidentales qui passent leur saison internuptiale respectivement dans la région de l’Atlantique et du Pacifique (Eider à duvet, Eider à tête grise, Guillemot de Brünnich, Plongeon catmarin).
Les oiseaux de mer se nourrissent en général de petits poissons ou de zooplancton, constitué par les petits organismes, surtout des crustacés. Ceux-ci broutent le producteur primaire des océans, une plante microscopique qu’on appelle phytoplancton. Le régime alimentaire des oiseaux de mer est généralement varié. Ils capturent des proies de tailles et de types très différents, mais ils sont plus sélectifs lorsqu’ils élèvent leurs petits. Par exemple, les guillemots et les macareux, qui ont habituellement un régime alimentaire très varié, nourrissent leurs oisillons exclusivement de poisson. Dans certains cas, une espèce particulière de poisson domine le régime alimentaire. Dans l’Atlantique nord-ouest, par exemple, les capelans, petits poissons de la famille de l’éperlan qui se rassemblent en bancs, constituent un aliment important pour la plupart des oiseaux de mer, ainsi que pour la morue et les mammifères marins. En Arctique, la morue polaire, petit poisson proche de la morue franche, qui se retrouve en bancs énormes dans les eaux arctiques, constitue la proie principale de nombreuses espèces d’oiseaux de mer. Dans les eaux de la Colombie-Britannique, le lançon joue également un rôle important. L’exploitation humaine menace particulièrement les ressources alimentaires des oiseaux qui sont fortement tributaires d’un seul type de proie.
De nombreux oiseaux de mer, comme les océanites, les sternes et les labbes, se nourrissent à la surface de l’eau, capturant leurs proies en vol. D’autres, notamment les mouettes, les phalaropes et les Fulmars boréaux, trouvent leur nourriture alors qu’ils flottent sur l’eau. D’autres encore chassent sous l’eau, nageant en profondeur en s’aidant de leurs ailes (manchots, pingouins, puffins) ou de leurs pattes (cormorans, plongeons). Le meilleur plongeur est le Manchot empereur de l’Antarctique, qui pèse 20 kg : il peut demeurer sous l’eau 10 minutes et atteindre une profondeur de 300 m. Les guillemots, qui sont beaucoup plus petits (environ 1 kg), peuvent tout de même descendre à 100 m et rester jusqu’à trois minutes sous l’eau. Des espèces comme les fous, les pélicans et les sternes se servent de l’élan de leur plongeon vertical pour s’enfoncer profondément dans la mer. Les Fous de Bassan peuvent plonger d’une hauteur de 50 m pour atteindre une profondeur de 15 m.
De nombreux oiseaux sont en déplacement perpétuel selon le climat et la présence de nourriture. Leur nourriture étant souvent répartie de façon irrégulière, ils doivent parcourir de vastes distances pour la trouver. Lorsqu’ils trouvent une source de nourriture, comme un banc de poissons ou une carcasse de baleine, ils peuvent se gorger au point d’avoir du mal à reprendre leur envol. Contrairement à de nombreux oiseaux terrestres, la plupart des oiseaux marins sont donc habitués à l’alternance de l’abondance et de la famine.
La grande affinité des oiseaux marins pour l’eau froide fait du Canada un lieu de prédilection. Une cinquantaine d’espèces s’y reproduisent, et une bonne vingtaine d’autres, qui nichent ailleurs, viennent se nourrir une partie de l’année dans les eaux canadiennes. À l’échelle mondiale, le Canada est particulièrement riche en plongeons, phalaropes, labbes et pingouins. La côte de la Colombie-Britannique abrite plus de la moitié de la population mondiale de trois pingouins : le Guillemot à cou blanc, le Starique de Cassin et le Macareux rhinocéros.
Les eaux arctiques situées à l’est de Terre-Neuve, riches en matières nutritives, sont particulièrement intéressantes pour les oiseaux de mer. En fait, bon nombre de ceux qui nichent dans l’est de l’Atlantique fréquentent les eaux terre-neuviennes en hiver, de même que la plupart des guillemots, des goélands et des mouettes qui nichent dans la région de l’Arctique oriental, et la majorité des Mergules nains du monde, qui nichent dans le Nord-Ouest du Groenland. De plus, un grand nombre de Mouettes tridactyles et de Fulmars boréaux nés dans l’est de l’Atlantique passent l’été et l’hiver près de Terre-Neuve avant l’âge de la reproduction. Les eaux peu profondes des Grands Bancs de Terre-Neuve constituent leur nourricerie. En été, on y voit aussi des millions de Puffins majeurs et de Puffins fuligineux de l’hémisphère Sud qui passent là leur saison internuptiale.
Le nombre total d’oiseaux de mer sur les Grands Bancs est toujours nettement supérieur à la population nicheuse locale. À l’instar des anciennes flottilles de pêche européennes, les oiseaux exploitent ces eaux qui comptent parmi les plus poissonneuses du monde. Les eaux peu profondes des Grands Bancs foisonnent de vie marine. Les marées et les courants y créent une turbulence qui favorise la croissance du plancton en transportant des minéraux et autres nutriments près de la surface, où cet organisme flottant microscopique trouve aussi la lumière dont il a besoin. L’écosystème marin de Terre-Neuve-et-Labrador est donc précieux pour tous les oiseaux de l’océan Atlantique.
Depuis des millénaires, les oiseaux de mer et leurs œufs constituent une importante source de nourriture pour les habitants des régions côtières du monde entier. Certaines communautés, comme celle de St. Kilda, dans l’archipel de l’ouest de l’Écosse, dépendaient autrefois presque entièrement de la capture des oiseaux de mer. Au Canada, ces oiseaux jouaient un rôle important dans l’alimentation des Autochtones, en Colombie-Britannique, à Terre-Neuve-et-Labrador et dans tout l’Est de l’Arctique. On découvre en effet près de chaque grande colonie des vestiges archéologiques attestant son exploitation. En Arctique, le Guillemot de Brünnich était l’espèce le plus communément capturée. À l’île Digges, dans le nord de la baie d’Hudson, un membre de l’équipage de Henry Hudson a décrit des huttes de pierre où des guillemots étaient « pendus » par le cou; les restes des huttes sont encore visibles sur l’île. De plus, le nom inuit d’un cap voisin signifie « là où l’on frappe avec des bâtons », en référence à l’ancienne méthode par laquelle on abattait les oiseaux en vol.
Dans le monde entier, on ramasse les œufs d’oiseaux de mer. Ils constituent une bonne source de protéine dans un « contenant » pratique et peuvent se conserver pendant des semaines ou même des mois dans de bonnes conditions. De plus, si le prélèvement est limité, il a peu d’effet sur les populations d’oiseaux. Les œufs de guillemots constituent une source importante de nourriture pour certaines communautés inuites du Canada. Les œufs des goélands, des mouettes et des sternes étaient ramassés autrefois par les Autochtones partout au Canada.
Malheureusement, la cueillette commerciale a suivi l’arrivée des Européens. On expédiait les œufs par milliers vers les villages et les villes et cette surexploitation a décimé les populations. La Convention concernant les oiseaux migrateurs conclue en 1916 avec les États-Unis a mis un terme à cette pratique en assurant la protection de la plupart des oiseaux migrateurs, y compris les goélands, les mouettes et les sternes. Les populations de goélands, notamment, ont connu depuis un essor spectaculaire, en partie attribuable à l’abondance de nourriture qu’offrent les ordures et les déchets de poissons produits par l’homme.
On a non seulement exploité les oiseaux de mer à des fins alimentaires, mais aussi pour leurs plumes. Ce commerce a d’ailleurs causé la disparition de la plus grande colonie de Grands Pingouins, celle de l’île Funk, à Terre-Neuve-et-Labrador. Au début du XXe siècle, les fous et les sternes ont aussi beaucoup souffert de l’industrie de la plume.
Comme son nom l’indique, l’Eider à duvet fournit le meilleur isolant qui soit pour garnir les parkas et les sacs de couchage. Ce duvet provient du poitrail de la femelle, qui l’arrache pour en tapisser son nid. On peut le prélever dans le nid sans nuire aux oiseaux si on n’en enlève qu’une partie. Les habitants de certaines îles du golfe du Saint-Laurent et les Inuits de Sannikiluak, dans la baie d’Hudson, pratiquent encore cette cueillette commerciale.
L’ambition de l’homme de s’approprier la plupart des ressources de la planète a bouleversé l’habitat des oiseaux de mer, comme celui de la plupart des animaux du monde, et a décimé des populations. L’exploitation directe, particulièrement pendant la grande époque de l’expansion marchande de l’Europe, du XVIe au XIXe siècle, a causé l’extinction du Grand Pingouin et de l’Eider du Labrador en Atlantique, ainsi que la réduction ou la disparition de nombreuses populations d’oiseaux de mer.
Les animaux qui accompagnent les établissements humains, comme les rats, les chats et les cochons, ainsi que les renards et autres carnivores à fourrure introduits pour l’élevage, menacent davantage l’équilibre, bien que de façon plus subtile. Les oiseaux marins sont des prédateurs agressifs lorsqu’ils sont en mer, mais à terre ils ont évolué pendant des millénaires sur des îles dépourvues de mammifères prédateurs. Bon nombre d’entre eux sont donc incapables de s’adapter assez rapidement à cette nouvelle menace.
On peut vraisemblablement imputer au rat polynésien, introduit par les canots des anciens Polynésiens dans de nombreuses îles du Pacifique, dont Hawaii, l’extinction de certains oiseaux de mer avant même que la science ait pu consigner leur existence. On connaît mieux les effets subséquents de la propagation du rat noir et du surmulot, amenés par les Européens. Au Canada, ces deux espèces ont décimé l’imposante colonie d’oiseaux de mer qui se trouvait autrefois dans l’île Langara, en Colombie-Britannique. Toutefois, en 1995, une vaste initiative du Service canadien de la faune de la région du Pacifique et du Yukon a permis l’éradication des rats dans cette île. Nous espérons ainsi rétablir les populations d’oiseaux de mer. Malheureusement, les introductions se poursuivent : les ratons laveurs continuent à se répandre dans l’archipel de la Reine-Charlotte, en Colombie-Britannique, et les chats et les rats, dans les îles du golfe de Californie.
Par contre, de nombreuses espèces d’oiseaux de mer profitent allègrement des déchets associés aux activités de pêche. Sur les Grands Bancs de Terre-Neuve, d’immenses volées de puffins, de fulmars et de goélands se forment dans le sillage des chalutiers-usines lorsque ceux-ci relèvent leurs filets. À plus petite échelle, les sternes de la Sierra Leone ont appris à se diriger vers la source des détonations de grenades à main, utilisées par les pêcheurs en pirogues, pour s’emparer des poissons assommés par l’explosion.
Les sous-produits de la pêche ont assurément profité à certaines espèces. L’expansion spectaculaire du Fulmar boréal dans l’Atlantique et la multiplication récente du nombre de Mouettes tridactyles dans le golfe du Saint-Laurent sont probablement attribuables à l’abondante nourriture que leur procurent les déchets de la pêche. Par contre, à Terre-Neuve-et-Labrador, le moratoire de 1992 sur la pêche à la morue et la fermeture subséquente des usines ont affecté la reproduction des grands goélands.
Toutes les activités de pêche ne sont pas bénéfiques. Certaines pratiques nuisent aux populations de grands albatros et d’océanites dans les mers du Sud. Ces oiseaux s’emparent souvent des appâts accrochés aux hameçons des palangres. Malheureusement, un certain nombre d’entre eux avalent l’hameçon en même temps que l’appât et meurent quand le treuil remonte la ligne. Le câble d’acier du sonar installé sur certains chalutiers est, quant à lui, cause de mortalité chez les albatros. Il peut en effet couper l’aile d’un albatros qui suit le bateau puisqu’il fouette l’air de façon imprévisible pendant le mouillage du filet.
Au Canada, particulièrement à Terre-Neuve-et-Labrador, les filets maillants de monofilament sont employés pour pêcher la morue et le saumon. Or, ces filets étant moins visibles que les autres, les oiseaux de mer s’y empêtrent parfois et se noient. Les guillemots et le Petit Pingouin sont particulièrement touchés, et il arrive que des centaines d’oiseaux trouvent la mort dans un seul filet, particulièrement s’il est immergé toute la nuit.
À la fin des années soixante, des centaines de milliers de Guillemots de Brünnich provenant des colonies nicheuses de l’Est de l’Arctique se sont noyés dans les filets maillants à saumon pendant leur migration sur les côtes du Groenland. Heureusement, cette pêche est maintenant limitée et la mortalité qu’elle peut causer est négligeable. Par contre, les Fous de Bassan utilisent parfois des fragments de filets de pêche en nylon pour construire leurs nids, et les petits peuvent y rester prisonniers.
Les oiseaux de mer qui restent longtemps à flotter à la surface de l’eau sont quant à eux très vulnérables aux marées noires, surtout en hiver. En effet, le pétrole brut et les autres hydrocarbures détruisent les huiles naturelles avec lesquelles les oiseaux lissent leurs plumes, les privant ainsi de leur imperméabilité. Or, une fois que l’eau a pénétré dans les plumes, les oiseaux ne sont plus isolés contre le froid et doivent dépenser beaucoup d’énergie pour garder leur chaleur. Ils peuvent en outre s’empoisonner en ingérant du pétrole lorsqu’ils lissent leur plumage. Finalement, les oiseaux fortement mazoutés meurent souvent de l’interaction de plusieurs causes, et même les oiseaux peu atteints peuvent succomber si la nourriture est rare. Les pingouins sont généralement le plus affectés par le pétrole, mais dans les eaux côtières, les plongeons, les grèbes, les cormorans et les canards de mer sont eux aussi très touchés.
Les grandes marées noires dues aux naufrages peuvent causer de fortes mortalités, mais le déversement de pétrole lié au fonctionnement normal de nombreux bateaux est probablement encore plus nuisible aux oiseaux de mer. Malgré les interdictions très strictes mises en vigueur ces dernières années, des rejets de pétrole se produisent toujours dans les eaux canadiennes et sont difficiles à prévenir, comme en font foi les oiseaux mazoutés qui échouent encore sur les plages.
Mis à part les goélands et les mouettes, les oiseaux de mer sont difficiles à trouver étant donné qu’ils passent la plus grande partie de leur vie en mer et que bon nombre d’entre eux nichent sur des îles inaccessibles. On peut toutefois atteindre sans difficulté quelques colonies nicheuses. Par exemple, à Terre-Neuve-et-Labrador, la grande colonie de fous, de guillemots et de mouettes du cap St. Mary’s est accessible par la route depuis St. John’s. Une visite de la colonie à l’époque de la nidification (d’avril à août) est sans contredit une expérience inoubliable.
Les colonies de mouettes, de macareux et de guillemots des îles de Witless Bay et de l’île Baccalieu, à Terre-Neuve-et-Labrador, reçoivent régulièrement la visite de bateaux touristiques provenant des ports de pêche voisins (Bay Bulls et Witless Bay, juste au sud de St. John’s, et Bay de Verde à l’extrémité nord de la baie Conception). Au Québec, à partir de Percé, en Gaspésie, on peut atteindre la grande colonie de Fous de Bassan et de guillemots de l’île Bonaventure grâce à des visites organisées. Que le bateau accoste ou non, l’immensité de cette colonie offre un spectacle impressionnant.
On peut aussi observer les oiseaux à bord des traversiers qui sillonnent l’estuaire du Saint-Laurent, particulièrement celui de Matane à Godbout (Québec), celui du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse) à Port aux Basques (Terre-Neuve-et-Labrador), ou celui qui, de St. Barbe (Terre-Neuve-et-Labrador), mène à Blanc-Sablon (Québec). En Colombie-Britannique, on voit de nombreux oiseaux de mer en traversant de Vancouver à Victoria, surtout entre les îles Gulf, où la force des courants crée des conditions d’alimentation favorables aux oiseaux. Pour bien voir les albatros et d’autres oiseaux océaniques, rien de vaut une excursion d’observation des baleines sur la côte ouest de l’île de Vancouver.
En Amérique du Nord, deux organismes s’intéressent particulièrement à l’étude et à la conservation des oiseaux de mer : le Pacific Seabird Group (c/o Point Reyes Bird Observatory, 4990 Shoreline Highway, Stinson Beach, CA 94970, É.-U.) et la Colonial Waterbird Society (National Museum of Natural History, Smithsonian Institution, Washington [D.C.] 20560, É.-U.). Dans l’Est du Canada, la Fondation Québec-Labrador (1253, av. McGill College, bureau 680, Montréal [Québec] H3B 2Y5 ou C.P. 3, Nagle’s Place, St. John’s [Terre-Neuve-et-Labrador] A1B 2Z2) travaille à la conservation des oiseaux de mer par l’intermédiaire de l’éducation, tandis qu’à Haida Gwaii (archipel de la Reine-Charlotte), la Laskeek Bay Conservation Society (C.P. 867, Queen Charlotte City [Colombie-Britannique] V0T 1S0) organise des travaux bénévoles de recherche et d’interprétation sur les oiseaux de mer. Pour obtenir plus de renseignements sur les oiseaux de mer, s’adresser à l’une de ces sociétés ou encore au Service canadien de la faune.
Ressources en ligne Cornell University Laboratory of Ornithology (en anglais seulement) Ressources imprimées NAGLE, R. Pingouins, Laval, Intrinsèque 1990. ROBBINS, C.S., B. BRUIN et H.S. ZIM. Guide des oiseaux de l’Amérique du Nord, éd. revue et aug., Montréal, Éditions Marcel Broquet, 1994. SAVAGE, C. Ces merveilleux oiseaux du Canada, Montréal, Les Éditions La Presse, 1985. © Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1995. Tous droits réservés. No de catalogue CW69-4/93-1995F ISBN 0-662-99692-5 Texte : A.J. Gaston Photo : Service canadien de la faune
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